Huiles essentielles : naturel mais toxique

Huiles essentielles : naturelles mais toxiques ?

Tout le monde a entendu parler des huiles essentielles, et pour cause, elles sont partout ! Des bougies aux cosmétiques, des savons aux shampooings, et jusque dans nos assiettes, les huiles essentielles sont omniprésentes. Véritable phénomène de mode, les huiles essentielles ont la côte ! Leurs bienfaits avérés, leur mode d’extraction traditionnel et leur côté naturel en font de véritables stars… Mais malgré tous ces atouts et leur tradition séculaire, sont-elles vraiment sans danger ?

Délices d’initiés a enquêté pour vous !

Qu’est-ce qu’une huile essentielle ?

Selon l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) et la Commission de la pharmacopée européenne (CPE), il s’agit d’un « produit odorant, généralement de composition complexe, obtenu à partir d’une matière première végétale botaniquement définie, soit par entraînement à la vapeur d’eau, soit par distillation sèche, soit par un procédé mécanique approprié sans chauffage. L’huile essentielle est le plus souvent séparée de la phase aqueuse par un procédé physique n’entraînant pas de changement significatif de sa composition ».

 

Différentes qualités d’huile essentielle

Il faut bien sûr savoir que les huiles essentielles n’ont pas toutes les mêmes composition ni les mêmes qualités. La variation de qualité s’explique notamment par la matière première végétale elle-même. Sa variété, c’est-à-dire sa dénomination botanique implique déjà de fortes variations d’une plante à une autre. Les conditions de sa production influencent sa composition (pesticides, climat, terroir, stockage, séchage, impuretés…). Cette dernière est aussi influencée par la partie de la plante utilisée (fleur, feuille, écorce, bois, racine, rhizome, fruit sec, graine…). Enfin, le mode d’extraction fait varier la qualité de l’huile essentielle.

 

Huiles essentielles : un concentré naturel toxique ?

Paracelse disait « Tout est poison, rien n’est poison : seule la dose fait le poison ». Ainsi, les huiles essentielles présentent une véritable toxicité, et ce sous différents aspects. Certes, les huiles essentielles sont extraites de plantes (racines, feuilles, fleurs, fruits…) et sont à ce titre naturelles. Mais leur concentration implique des effets prononcés.

 

Règlementation sur l’usage des huiles essentielles

Il faut savoir qu’aucune règlementation française ne légifère l’usage des huiles essentielles. La règlementation appliquée est donc définie par l’usage des huiles essentielles. Celles-ci peuvent être employées en cosmétique, en dispositif médical, en complément alimentaire, en insecticide, en produit chimique, en parfum d’ambiance ou en alimentaire.

L’EFFA (European Flavour and Fragrance Association) est une association professionnelle qui suit la législation européenne sur les arômes et encourage les meilleures pratiques en terme de règlementation, de sécurité et de questions techniques et scientifiques. Elle préconise notamment certaines précautions sur l’usage des huiles essentielles.

L’article L.4211-1 6° du code de la santé publique précise que la vente en l’état d’huiles essentielles est réservée « aux pharmaciens, sauf les dérogations prévues aux articles du présent code », notamment « la vente au détail et toute dispensation au public des huiles essentielles dont la liste est fixée par décret ainsi que de leurs dilutions et préparations ne constituant ni des produits cosmétiques, ni des produits à usage ménager, ni des denrées ou boissons alimentaires. »

 

Le décret n°2007-1196 du 3 Août 2007 modifie cet article et notamment la liste des huiles essentielles dont la vente au public est réservée aux pharmaciens, pour des raisons de risques de neurotoxicité, à savoir :

Huiles essentielles de :
– grande absinthe (Artemisia absinthium L.) ;
– petite absinthe (Artemisia pontica L.) ;
– armoise commune (Artemisia vulgaris L.) ;
– armoise blanche (Artemisia herba alba Asso) ;
– armoise arborescente (Artemisia arborescens L.) ;
– thuya du Canada ou cèdre blanc (Thuya occidentalis L.) et cèdre de Corée (Thuya Koraenensis Nakai), dits « cèdre feuille » ;
– hysope (Hyssopus officinalis L.) ;
– sauge officinale (Salvia officinalis L.) ;
– tanaisie (Tanacetum vulgare L.) ;
– thuya (Thuya plicata Donn ex D. Don.) ;
– sassafras (Sassafras albidum [Nutt.] Nees) ;
– sabine (Juniperus sabina L.) ;
– rue (Ruta graveolens L.) ;
– chénopode vermifuge (Chenopodium ambrosioides L. et Chenopodium anthelminticum L.) ;
– moutarde jonciforme (Brassica juncea [L.] Czernj. et Cosson).

 

L’article L3322-5 du code de la santé publique précise qu’« Il est interdit à tout producteur ou fabricant d’essences pouvant servir à la fabrication des boissons alcooliques, telles que les essences d’anis, de badiane, de fenouil, d’hysope, ainsi qu’aux producteurs ou fabricants d’anéthol, de procéder à la vente ou à l’offre, à titre gratuit, desdits produits à toutes personnes autres que les fabricants de boissons ayant qualité d’entrepositaires vis-à-vis de l’Administration des contributions indirectes, les pharmaciens, les parfumeurs, les fabricants de produits alimentaires ou industriels et les négociants exportateurs directs [*habilitation*].
La revente de ces produits en nature sur le marché intérieur est interdite à toutes ces catégories à l’exception des pharmaciens qui ne peuvent les délivrer que sur ordonnance médicale et doivent inscrire les prescriptions qui les concernent sur leur registre d’ordonnances [*obligation*]. »

 

Huiles essentielles : principales raisons d’intoxication

L’épidémiologie nous indique comme principales sources d’intoxication par les huiles essentielles l’influence du sol et du climat. Par exemple, l’absinthe cultivée dans les Alpes-Maritimes contient 7 fois moins de Thuyone que celle de la région parisienne ! L’influence des conditions de culture (pesticides), ou la période de récolte (avant floraison pour la menthe par exemple) peut favoriser le risque d’intoxication.

Par ailleurs, les confusions entre les plantes d’une variété très proche peut impliquer des cas d’intoxication. Par exemple, 2 variétés de sauge (salvia officinalis & salvia sclarea, très différentes visuellement) pourraient être confondues et entraîner des convulsions. En effet, la salvia officinalis est principalement constituée de thuyone neurotoxique. Il est donc primordial de se fournir chez des producteurs plutôt que des revendeurs, surtout si ceux-ci ne s’avèrent pas fiables et la traçabilité de leurs produits opaque.

 

Enfin, les expositions accidentelles ou les surdosages sont l’une des principales raisons d’intoxication, particulièrement chez les enfants ou lors du non respect des règles de sécurité chez les professionnels.

 

 

Huiles essentielles : toxicité cutanée

Il s’agit des plus répandues. Cela est lié à l’application cutanée faite en aromathérapie. Bien sûr, la toxicité va dépendre de la surface cutanée exposée, de la fréquence et de la durée d’exposition, de la substance appliquée, de son véhicule le cas échéant, de sa quantité et de sa concentration, de l’utilisation ou non d’un système occlusif, de l’intégrité de la peau (inflammation, coupure…) ou encore des facteurs environnementaux (lumière (UV), température, humidité…).

Les effets peuvent alors aller de la simple irritation, à la brûlure ou à la nécrose, et cela dès la première utilisation (huile essentielle très concentrée).

La phototoxicité cutanée (liée aux UV) peut aussi être spectaculaire et provoquer des érythèmes (apparition de grosses vésicules). Ce phénomène est connu pour les huiles essentielles d’agrumes, notamment la bergamote, le citron et le pamplemousse.

L’allergie de contact reste rare (1 à 2 % de la population) même si de nombreuses huiles essentielles en sont à l’origine. Citons entre autres le laurier noble, le clou de girofle, le bois de Santal ou l’arbre à thé. L’allergie de contact se développe après une première phase de sensibilisation durant laquelle aucune réaction n’est visible.

 

Huiles essentielles : toxicité pulmonaire

Les Composés Organiques Volatiles (COV) des huiles essentielles sont irritants, ils peuvent ainsi provoquer des gênes respiratoires, des toux sèches s’ils sont absorbés régulièrement ou en doses importantes.

 

Huiles essentielles : toxicité cardiovasculaire

Certaines huiles essentielles ont des propriétés hypotensives comme l’eugénol (issu du clou de girofle ou de la cannelle), le thymol (thym) et le carvacrol (origan) et à moindre effet le linalol (thym), citronnellol (rose, eucalyptus, citronnelle, géranium, basilic…), nérol (huile essentielle de bigaradier, bergamotte), géraniol… À ces propriétés hypotensives, peuvent s’ajouter des vertus antiagrégantes et anticoagulantes comme pour l’huile essentielle de cannelle.

 

Huiles essentielles : toxicité rénale

Ce type de toxicité est heureusement rare et survient principalement lors de surdosages qui peuvent être fatal aux enfants.

À l’inverse, à faible dose, l’huile essentielle de Juniperus Communis peut s’avérer néphroprotectrice.

 

Huiles essentielles : toxicité digestive

Si elles sont utilisées pures, en ingestion, ou fréquemment, les huiles essentielles peuvent s’avérer irritantes pour la muqueuse digestive ou provoquer des inflammations dans certains cas. Ce peut être le cas, notamment si les huiles essentielles contiennent de l’eugénol (issu du clou de girofle ou de la cannelle), du cinnamaldéhyde (cannelle), du thymol (thym) ou du carvacrol (origan).

 

Huiles essentielles : toxicité hépatique

Les molécules aromatiques de certaines huiles essentielles peuvent être directement toxiques pour le foie ou indirectement après bioactivation.

Huiles essentielles : neurotoxicité

Le camphre, la thuyone (thuya, absinthe,sauge officinale) contiennent des cétones et l’hysope de la pinocamphone qui peuvent s’accumuler dans les zones lipidiques du cerveau et atteindre la myéline. Cela peut avoir pour effet des convulsions, de l’agitation, de la somnolence, des crises épileptiformes.
L’immaturité du système nerveux central et de leur barrière hémato-encephalique rend les enfants sont très sensibles aux huiles essentielles convulsivantes.
Ce type d’huiles essentielles est bien sûr contre-indiquée chez la femme enceinte ou allaitante.

 

Huiles essentielles : atteintes de la fonction de reproduction

Certaines huiles essentielles (cyprès, sauge, badiane, anis, fenouil…) sont des perturbateurs endocriniens potentiels et peuvent entraîner des troubles de la fertilité féminine, de la gestation, ou du développement fœtal et embryonnaire.

Les huiles essentielles sont bien sûr contre-indiquées chez la femme enceinte ou allaitante.

 

Bien que naturelles, les huiles essentielles restent des concentrés actifs et doivent à ce titre être utilisé avec parcimonie selon les doses et usages recommandés par des professionnels compétents. Des risques, certes peu fréquents mais parfois dramatiques demeurent. Malgré l’utilisation séculaire de ces extraits végétaux, leur toxicité reste encore méconnue et n’a souvent été testée que sur leurs composés principaux et cela séparément. Il est donc difficile d’anticiper les interactions possibles entre les huiles essentielles elles-mêmes, ou un traitement médicamenteux ou simplement un régime alimentaire. Restez donc prudents, informez votre médecin traitant de votre consommation alimentaire, de vos traitements, et de vos usages d’huiles essentielles pour limiter les risques. Enfin, les huiles essentielles sont à proscrire chez l’enfant comme chez la femme allaitante ou enceinte.

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